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Les Fusillés de Chavannes
(30 avril 1942)


Mémorial de Chavannes


Dimanche 15 mars 1942, à 6h30, une bombe incendiaire est lancée contre la vitrine de la librairie allemande de la rue du Bois-Merrain à Chartres.

Cette action ne cause que des dégâts minimes, elle est le fait de membres de l’Organisation Spéciale : Hoche ALLART, Jean CORMIER et André DAHURON. L’engin a été confectionné par Raymond BROUSSE, préparateur en pharmacie.

Pierre LE BAUBE (1), alors préfet d’Eure-et-Loir, insiste pour que l’enquête tendant à trouver les responsables soit confiée exclusivement à la police française. Il en charge le commissaire Charles PORTE (2).

Charles PORTE soupçonne la mouvance communiste d’être à l’origine de l’action. Sous son autorité, plusieurs militants connus sont arrêtés :
Les frères Emile (3) et Hoche ALLART, Emile BERRY (4), Raymonde GARREAU (4), Raymond BROUSSE, Jean CORMIER, André BOURDIN (5), Adolphe HONORINE (5) et Maurice MAUGE.

Les suspects restent entre les mains de la police française avant d’être remis courant avril aux services allemands.

En avril, une série d’attentats survient à Paris. Le 20 avril 1942, notamment, un soldat allemand est tué à la station de métro Molitor. La vague de représailles qui s’ensuit aboutit à des arrestations massives. L’occupant décide de faire fusiller dix otages, quatre sont parmi ceux détenus à Chartres : Hoche ALLART, Raymond BROUSSE, Jean CORMIER, Maurice MAUGE.


Hoche ALLART Raymond BROUSSE Jean CORMIER Maurice MAUGE
Hoche ALLART, Raymond BROUSSE, Jean CORMIER, Maurice MAUGE


Le 30 avril, à 16h00, les quatre prisonniers quittent la prison des Lisses à Chartres, conduits au champ de tir de Chavannes, à Lèves, et fusillés l’un après l’autre, attachés à une grille.

Plaque commémorative


La disparition de ces cadres de l’Organisation Spéciale (6) et du Front National (7) décapite la Résistance départementale.

C’est la mémoire de cette tragédie qui est commémorée chaque 1er mai sur le site de Chavannes où un mémorial a été édifié.

Mémorial de Chavannes


Chavannes voit l’exécution de cinq autres résistants :

Jean BOUVIER
Gilbert HUAN
André JACQUEMIN
Maurice VADE
Jacques VOYER


Jean BOUVIER est né en 1923. Il habite Sanvic (Seine-Maritime)
Réfractaire au S.T.O., il rejoint les F.F.I. du groupe Eure-Sud.
Arrêté à Condé-sur-Iton le 14 juin 1944, il est fusillé à Lèves le 14 juillet.
Une rue de Sanvic porte son nom.

Gilbert HUAN est fusillé le 16 juin 1944. Son nom figure sur le monument aux morts de Maintenon. Il est inhumé dans le carré militaire du cimetière Saint-Chéron à Chartres.

Maurice VADE est exécuté le 27 juin 1944. Il est inhumé dans le carré militaire du cimetière Saint-Chéron à Chartres.

Jacques VOYER est né à Marseille en 1922. Agent du B.C.R.A., il est parachuté en France dans la nuit du 10 au 11 avril 1944 avec mission de mettre en place le plan Sussex en Eure-et-Loir.
« Lucien BOYER » est capturé le 10 juin 1944. Emprisonné, torturé, il est condamné à mort pour espionnage et fusillé le 27 juin 1944. Son corps est transféré à Toulon en 1949.
Le 20 janvier 1946, Jacques VOYER est fait Compagnon de la Libération.


Site de Chavannes Mémorial de Chavannes

Chaque 1er mai, un hommage est rendu aux fusillés de Chavannes sur le site de l’ancien champ de tir où un mémorial a été édifié.


(1). Pierre LE BAUBE (1894-1966) est nommé préfet d’Eure-et-Loir en novembre 1941, succédant à Charles DONATI. Il reste en poste jusqu’en janvier 1944. Pierre LE BAUBE porte la lourde responsabilité de la traque aux résistants F.T.P. dans le département, notamment dans les arrestations survenues à la fin de l’année 1943 qui aboutiront aux fusillades du Mont-Valérien. C’est également Pierre LE BAUBE qui propose le site de Voves pour y implanter le camp qui ouvre ses portes en janvier 1942. Condamné à mort par la Cour de Justice d’Orléans le 12 septembre 1945, Pierre LE BAUBE échappe à l’exécution grâce à ses puissantes relations.

(2). Charles PORTE (1906-1982) est arrivé à Chartres en juillet 1939. A cette époque, le préfet est Jean MOULIN. Une relation de confiance s’établit entre les deux hommes. Après le départ de Jean MOULIN et sur sa demande, Charles PORTE entreprend l’organisation de groupes de Résistance dans le département. Quand survient l’attentat du 15 mars 1942, PORTE n’a d’autre choix que de répondre à la demande expresse du préfet Pierre LE BAUBE pour éviter que l’enquête ne soit confiée à la Gestapo ou au S.P.A.C. (Service de Police Anti-Communiste créé en octobre 1941). Il espère ainsi préserver ceux qui travaillent avec lui et pense que l’affaire restera entre les mains des autorités françaises. Charles PORTE entre dans la clandestinité en mai 1943. Toujours proche de Jean MOULIN, il assure la sécurité de la première réunion du Conseil National de la Résistance à Paris le 27 mai 1943. Charles PORTE, « Henry », est arrêté à Paris le 28 décembre 1944. Déporté à Auschwitz par le convoi du 27 avril 1944 puis transféré à Buchenwald. Rentré en France le 7 mai 1945. Les accusations des familles des fusillés de Chavannes le poursuivront jusqu’à la fin de ses jours : pour elles, Charles PORTE est le responsable de l’arrestation et de la mort de leurs proches. Des plaintes seront déposées en 1945 et 1953, aboutissant chaque fois au classement. Charles PORTE est réintégré dans la police en 1951. Il est titulaire de la Médaille de la Déportation pour Faits de Résistance, de la Médaille du Combattant Volontaire de la Résistance, de la Légion d’Honneur.

(3). Emile ALLART est interné à Voves le 25 septembre 1942 avant d’être transféré à Pithiviers le 18 novembre 1943. Il n’a pas été déporté.

(4). Emile BERRY et Raymonde GARREAU sont rentrés de déportation.

(5). André BOURDIN et Adolphe HONORINE sont dans le Convoi des 45000, déportés-otages dirigés vers Auschwitz le 6 juillet 1942. Ils y sont tous deux décédés dans les mois qui ont suivi leur arrivée.

(6). L’Organisation Spéciale (O.S.) est l’appellation qui considère les premiers groupes armés clandestins mis en place par le Parti Communiste Français clandestin. L’O.S. intègre plus tard les F.T.P.F., Francs-Tireurs et Partisans Français.

(7). Le Front National de lutte pour l’Indépendance de la France (F.N.) est créé par le Parti Communiste Clandestin en mai 1941. C’est un des mouvements de Résistance représentés au Conseil National de la Résistance.


Relecture assurée par Mathieu FORMENTEL


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